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Statik Selektah – 100 Proof : The hangover (2010)

Peut-on se créer une marque de fabrique musicale alors que son influence est concentrée sur une seule personne ? C’est un peu la question que l’on peut se poser concernant le Beatmaker Statik Selektah. Omniprésent ces dernières années, il n’est pas difficile de reconnaître l’influence de DJ Premier sur son travail. Si l’admiration politiquement correcte semble être réciproque entre les deux pros de la production, il n’est pas sûr, pour autant, que le public classe les deux au même niveau. En même temps, ce n’est pas de la mauvaise foi tellement l’écart semble abyssale…



Dans tout les cas, Statik fait parti du paysage musical de la grosse pomme que cela plaise ou non. Et si on peut comparer l’ensemble de son travail à la production au fonctionnement d’un abattoir du XIVe siècle tellement le découpage de ses beats semble féodal et à la limite du viol, il lui arrive de passer par des moments de grâce. Alors avec l’arrivée 100 Proof The Hangover, on peut s’attendre à tout et ce n’est pas la liste impressionnante des guests qui réconfortera ou apeurera l’auditeur…



Petit frère n’a qu’un souhait devenir grand, C’est pourquoi il s’obstine à jouer les sauvages sur ses prod…


Je l’ai jamais caché, je suis peu sensible au travail de Statik et pourtant je lui concède facilement d’être un vrai acteur du mouvement estampillé 100% Hip-Hop. Le vrai défaut de Statik est de livrer des instrus telles des pierres brutes n’ayant reçu aucun traitement ni peaufinage. Si la vibe des Marl, Flex, Primo semblent fortement l’influencer, il n’arrive pas pour autant à les égaler. Et cette peur de retrouver le même gaspillage sur 100 Proof se renouvelle dès la première écoute. Pour preuve, Night People fait très vite mal à la tête avec cette impression que le son part dans tout les sens. Même travail grossier sur Do It 2 Death même si le mal de crâne est moins fort. Fainéantise ou manque de vision d’ensemble, Statik livre souvent des boucles assez livides par manque de travail car la matière première semble réellement exploitable. De ce fait, et par frustration, on doit se contenter de sons comme Follow Me, Drunken Nights, The Trill Is Gone ou Eighty Two qui avaient un réel potentiel, dommage.


Tout n’est pas critiquable, et Statik sait contenter son auditeur par des beats moins tape à l’œil et qui coulent sans retenues. Pour preuve, So Close, So Far s’adapte très bien aux guests sans être addictif, Come Around dans un registre soul ou le punchy Laughin’ permettent de passer de bons moments avec cette galette.



Il collectionne les méfaits sans se soucie, Du mal qu’il fait, tout en demandant du respect


Et le respect, on peut dire que Statik Selektah le collectionne vue les noms figurant sur la guestlist. Pour autant, on peut se demander si cela suffit à rendre une copie correcte, surtout qu’au final ses beats ne sont que la continuité de son travail passé. On peut faire confiance à Bun B pour remonter d’un pouce le level de So Close, So Far et prouver à nouveau que le gars a une facilité à poser sur n’importe quelle instru. Par contre le hook est d’une mièvrerie affolante. Malheureusement ce n’est pas le premier hook flingué de cet album et on atteint le summum de la nullité sur Night People avec un clone d’Akon, Lee Wilson ne convainc pas sur sa partie de Get Out et pour finir le hook de Fake Love est… Fake ! De quoi vous motivez à mettre un pain au premier passant pour se soulager de la dose de stress provoquée par ses hooks puants.


Heureusement que quelques égo viennent rehausser le niveau et surprenant ou non, il faut avouer que la génération des mcs rectilignes que sont Skyzoo et Terma ont entendu les critiques à leur égard. C’est donc avec une attitude vitaminée que les deux larrons nous livrent deux prestations intéressantes sur Eighty Two et Fake Love. Malheureusement pour Terma se retrouver en face de Royce 5’9’’ est loin d’être une sinécure tellement le mc de Détroit semble d’une décontraction déconcertante. Lil’ Fame a repris du poil de la bête pendant les fêtes de fin d’année et porte à lui seul Do It 2 Death laissant les deux autres protagonistes au sol. L’année sera ou ne sera pas Sean Price en tout cas dure de ne pas le remarquer sur Critically Acclaimed au même titre que Soul Of Mischief sur Laughin’.



Petit frère veut grandir trop vite, Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère


Au final, Statik nous livre un album de… Statik. 100 proof ne risque pas de révolutionner le rap mais a au moins la justesse d’être à l’image de son auteur. Des instrus charcutées par des pates d’ours sur une toile street semble être l’image qui ressort le mieux pour résumer cet album. Ni mauvais, ni bon, on ressort de cet opus sans réellement d’envie d’y repartir ni de le jeter. Statik fait parti du game et c’est tant mieux ! Maintenant c’est à lui de prouver qu’il peut murir et apporter à ses instrus une identité propre sans passer par l’éternelle copie grossière de ses aïeux musicaux. Et pour cela, il devra faire beaucoup mieux que ce 100 Proof.

12/20

Statik Selektah – 100 Proof : The hangover (2010)
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4 comments on “Statik Selektah – 100 Proof : The hangover (2010)

  1. BBoy Stance on said:

    Pouvoir murir!! Il en est a combien de skeuds le Statik maintenant?! Non serieux, le mec n'evoluera pas et nous lachera ses beats tapes en 10 minutes dans sa cave durant tte sa carriere.Bref bonne review depeignant mon sentiment general sur ce nouveau skeud de Statik.

  2. Pas fan à la base j'ai commencé à écouter un peu mais je n'ai pas pu terminer. Je te co signe sur cette phrase qui pour moi résume tout "Le vrai défaut de Statik est de livrer des instrus telles des pierres brutes n’ayant reçu aucun traitement ni peaufinage". Je vais tout de même essayer de finir.

  3. escobar56 on said:

    Yep Drill ! Je viens de tomber par hasard sur ton blog. Ca m'a l'air très sympa, je viens de lire ta review de Statik. Moi j'ai commencé l'écoute rapide aujourd'hui et j'ai plutôt été séduit. Je n'ai pas eu le temps de me pencher avec précision sur les prods mais j'ai bien aimé la vibe globale du skeud. Je te co-signe quand tu dis qu'aujourd'hui, Statik Selektah est complètement ancré dans le game. Sans révolutionner quoi que se soit, j'ai toujours aimé ses travaux.Les jours suivants serviront à me forger un avis plus constructif au sujet du disque. Peace.

  4. 1989 Somethin' on said:

    Perso, j'ai bien écouté ce skeuds une dizaine de fois depuis sa sortie, et honnêtement ça coule tout seul. Alors certes le mec est loin d'être irréprochable, certes il ne révolutionnera pas le Hip-Hop et certes il ne sera jamais aussi percutant qu'un Primo… Mais bon j'suis satisfait car c'est tout à fait le type d'album auquel je m'attendais, des prods pépères, des feats intéressants et prestigieux… So Close So Far m'a tué, et c'est clair que Bun B est déconcertant de facilité sur n'importe quelle prod, au contraire de Royce que je ne trouve pas si à l'aise que ça sur Come Around et ça prod bien soulful et smooth. Le son avec Smif-N-Wessun est kiffant aussi, y'a un petit côté ALC dedans. The Thrill is Gone passe bien, The Coast est énorme (EV encore et toujours en place), tout comme Walkin' Away, une des meilleurs prods du skeud pour ma part, Eighty-Two…. Bref, y'a un bon lot de morceaux sympas voir +, seuls 2-3 sons sont vraiment dispensables (celui avec Consequence, Do It 2 Death, trop bordélique c'est clair). Enfin bon, j'attendais pas le graal en abordant ce skeud et je le ressortirais facilement de temps en temps pour réécouter quelques sons.15/20

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