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Showbiz & KRS-One – Godsville (2011)

 C’est l’histoire d’un album, au départ, sans prétention mais qui à la vue des noms, KRS-One et Showbiz, associés à ce projet va attirer bien plus que des attentes.  L’histoire de deux gars qui par amour du hip-hop vont livrer un album plus que convenable mais tellement loin de révolutionner le rap que d’un seul coup, ils se retrouvent à damner et à enterrer auprès des centaines d’albums sans âme et sans travail que nous livrent le milieu du rap en général voir même à la limite dans le cercueil daube à en croire certaines critiques. Et l’argumentation derrière tout cela ? Simplement de ne pas être un album où le Flow Boogie Down Productions des 80’s rencontre la vibe D.I.T.C. des 90’s, en clair : que ce Godsville ne soit pas la fusion d’un Criminal Minded avec un Goodfellas.  On est à la limite de la trahison… Pourtant et en toute conscience, 20 ans après, il semble logique et même acceptable de s’attendre à ce type de résultat et la descente en flamme de cet album semble peu sensé quand ces détracteurs émanant de rédaction de sites ou journaux spécialisés Hip-Hop glorifient une scène aussi bobotisée que la nouvelle vague manouche de la pop , euh du rap moderne… Crier à la gloire d’artistes comme le dernier chouchou des rooftop new-yorkais en encensant une soi-disant ouverture d’esprit et cracher amèrement sur un album comme Godsville, restons sérieux deux minutes…

Car oui, accordons-le, Godsville ne rentrera surement pas au panthéon du rap par contre il peut rire face à la concurrence qu’offrent des artistes comme Lupe Fiasco, Reks ou encore Saigon en ce début d’année alors que ces 3 artistes dans des directions diverses et variées devraient représenter la relève des old-timers (peut-être moins voyant pour Saigon qui a juste 7 ans de retard au lancement)… Mais à contrario, l’effort lâché par Showbiz et KRS-One est très loin du ridicule, avec plus de 50 ans cumulé au service du Hip-Hop, les automatismes sont plus qu’aiguisés et la vision du hip-hop découlant du Godsville est en adéquation avec les personnages et leur ligne de créativité donc rappel.
Le rôle de teacha ou plus particulièrement de gardien des valeurs Hip-Hop qui caractérise KRS-One est loin d’être une nouveauté. Ce positionnement date deux événements tragiques qui ont  profondément marqué la vie du mc. En 1987, Scott La Rock est assassiné, plus que la moitié de Boogie Down Productions, le Dj s’est toujours positionné comme leader contestataire aux yeux de KRS-One mais aussi des diverses communautés du Bronx de part son action sociale. Si Scott est crédité sur By All Means Necessary, on sait aujourd’hui que le regretté n’a participé à rien mais par hommage et comme acceptation de la reprise de flambeau, KRS-One en a fait la demande. De ce point de vue, on comprend l’émotion et le message délivré sur Running In The Dark où le flow de KRS-One sublime une instru construite par Showbiz sur une boucle de piano épurée mais d’une efficacité  redoutable. Enfin, le rôle de grand-frère vigilant prendra toute sa signification un an plus tard où lors d’un concert de Public Enemy, un adolescent se fera assassiner, événement qui deviendra le point de départ de la mouvance « Stop The Violence » orchestrée par Parker.
A cela s’ajoute un parallèle que l’on pourrait faire avec le Where Are They Now de NaS, qui d’autres de KRS-One représentent activement  la première génération des acteurs du Hip-Hop ? Personne, le retour catastrophique aux affaires de Rakim, les idées de P.E. qui ne font plus recette, Big Daddy Kane aux abonnés absents et Kool G Rap plus qu’isolé et obligé de rapper sur des instrus à 5 box de Domingo ne sont que des faits validant le discours alarmiste du Blastmaster. Donc la redondance du Teacha sur Improve Myself, Legendary et This Flow est surement usante mais les messages imbriqués ont une valeur de vérité. Là où True Master et Buckshot n’avaient pas le matériel sonore pour donner une pertinence artistique à cette redondance, l’ensemble de la construction musicale réalisée par Showbiz  est une réelle aubaine. Alors ou est l’héritage D.I.T.C. dans tout cela ? Partout, dans la nouvelle génération qu’incarne le beatmaker français E-Blaze encore fraichement auréolé de sa maîtrise sur le Oasis de OC & AG qui lâche un The Truth dans la lignée smooth de ses précédents travaux et dont KRS-One se fait le plaisir de valoriser grâce à un très bon hook guerrier. Dans le travail toujours carré de Show qui rappelle à l’auditeur tout ses années partagées avec Lord Finesse (Legendary et la Touch version d’Improve Myself)) mais aussi sa capacité à juste accompagner le mc ce que Fred the Godson peut louer sur We Love This
L’album possède son lot d’erreur, entre thèmes surement trop exploités, boucles trop minimalistes ou pas assez mélodieuses selon les goûts, mais de dire que le travail livré par les deux oldtimers reste anecdotique c’est oublié que chaque jour des soi-disant mordus de rap lâchent des flows sans consistances sur des beats très synthétiques déshumanisés mais qui retrouveront dans  les éloges des bacs des disquaires de quoi rire du peu d’intérêt qualitatif porté à cette galette pétrie au bitume du Bronx.
15,5/20
Showbiz & KRS-One – Godsville (2011)
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