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Tha Soloist – Bloody Civil (2015)

En plus de 15 ans, Internet a considérablement remanié en profondeur nos habitudes de consommer la musique. Avant, l’art du diggin se résumait à sortir de chez soi pour se rendre dans les shops spécialisés à fouiner dans les bacs en espérant trouver la perle que les autres n’auront pas trouvé. Une espèce de bataille d’égo entre amateurs pour qu’au final tout le monde digg à peu prêt la même chose ou qu’un pote vous coupe votre trip en vous rappelant que ce fameux LP ça fait deux mois qu’il se l’injecte en continue suite à son voyage à NYC. Aujourd’hui, les shops spécialisés ont pratiquement disparu, Internet est devenu un immense shop où les bacs semblent infinis, le nombre de sortie de projet a clairement été multiplié par 10 voir 50.  Quand on se limitait à 3 ou 4 sorties par semaine dans les années 90, en 2015 c’est à peu prêt 10 sorties journalières qui débarquent. Bref, c’est un joyeux et énorme bordel qu’on y retrouve avec forcément un ratio qualitatif proche de zéro. Face à cette quantité infinie et la dématérialisation des supports, les shops ne peuvent qu’essayer de survivre sans espérer une réelle embellie. Il est donc devenu plus simple en terme de logistique de digger via Internet mais clairement plus difficile d’y dégotter l’album qui fait la différence. Les médias spécialisés ne se risquant pas à aller voir plus loin que les têtes plus ou moins connues, cela laisse donc une belle part à la bataille d’égo aux amateurs pour trouver par eux-mêmes la galette qui pète le score. En me retrouvant nez à nez devant l’album Bloody Civil de Tha Soloist sur un site de téléchargement illégal lambda (ne nous mentons pas), c’est cet esprit de batailles qui m’a poussé à approfondir la recherche. Agrémenté d’une pochette plutôt intrigante : un enfant clope et fusil à la main dans un décor urbain de guerre civile, on se dit qu’alors il peut s’avérer que le contenu soit aussi intéressant que le contenant.

Bloody Civil est un ce que l’on appelle aujourd’hui un projet collaboratif entre le mc du New-Jersey Tha Soloist et le beatmaker C-Lance dont le nom ne nous est pas inconnu. Proche des Jedi Mind Tricks et producteur remarqué au sein du label indépendant Enemy Soil, C-Lance est un nom qui revient souvent quand on gratte la constellation AOTP et ses satellites. Enfant légitime de Stoupe dans le style, C-Lance revient ponctuellement dans les divers projets d’Enemy Soil, seule flèche manquante à son arc, la réalisation complète d’un album soit pour son propre compte soit pour le compte d’un artiste. C’est donc chose faite avec Bloody CivilC-Lance réalise entièrement l’album, une bonne façon de tester ses talents de beatmaker sur la durée.

Si, à contrario, le nom de Tha Soloist ne vous dit clairement rien, on ne pourra vous en blâmer puisque l’année 2015 semble pour lui être l’année du décollage. Déjà auteur d’un premier album Rep The Thinker sorti en même temps que ce projet, le natif du New-Jersey est donc un newcomer à l’état pur. Son rapprochement d’avec C-Lance n’a rien de très exceptionnel, le mc fait partie cette lignée de soldats nourris au delivery de chefs de guerre tels que Vinnie Paz, Diabolic ou Apathy à tel point que de le retrouver sur le prochain AOTP n’aurait rien de déstabilisant. Alors bien sur Tha Soloist est loin d’être juste un ersatz de ce style, loin d’être juste un braillard sans contenu à la Jus Allah, le mc a su développer un flow énergétique et énervé sachant ne pas dépasser la ligne entre gueulante et flow. On admettra  que sa façon d’appuyer sur les syllabes peut le rendre dangereux en live si vous vous retrouver au premier rang, l’homme split et dans tous les sens du terme.

Bloody Civil est un format court qui évite de se retrouver à alterner avec des sons plutôt médiocres, un album énergétique grace à la bonne adéquation des plugs de C-Lance et du flow de Tha Soloist. L’album a cette vertue de mettre en avant un C-Lance plutôt bien luné avec des instrus composés d’envolées guerrières plutôt bien vitaminées. Des titres comme Heart Of Justice, Non Of U.S. ou The Glorious Bastard vous réveillent des morts. Tha Soloist n’est pas en reste, avec une écriture assez simple, il alterne bien entre morceau purement égotripique et plus intimiste. Sa relation avec la mort en tant que père sur Glorious Bastard est vraiment intéressante, l’ajout du sample vocal de Scarface du morceau Mind Tricks Playin On Me donne un plus à l’ensemble.

Le temps passé à digger de la merde sur Internet s’avère souvent frustrant et puis il y a de temps en temps des galettes comme Bloody Civil qui apparaissent et rendent toute la magie à cette pratique. Une belle pochette, un beatmaker qui trouve le bon groove au projet et un mc qui split comme si c’était sa dernière, voilà ce que m’inspire Bloody Civil et c’est amplement suffisant pour faire mon bonheur. Par pessimisme, on se demandera si le jeu en valait la chandelle pour Tha Soloist car le peu de retour qu’a eu ce projet ne lui promet pas, pour l’instant, une meilleure couverture. Mais dans tous les cas, on le respectera d’avoir essayé.

 

Tha Soloist – Bloody Civil (2015)
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2 comments on “Tha Soloist – Bloody Civil (2015)

  1. Connais pas je vais m’écouter ça, je suis tombé la dessus aussi en cas : http://thasoloist.bandcamp.com/album/truminosity

  2. Thadrill on said:

    Y a aussi un album avec Domingo ! Le Truminosity est pas mal, mais j’ai vraiment kiffé ce bllody civil pourtant je suis pas gros fan de C-Lance que je trouvais sans groove, là ça dépote mémé

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