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Diabolic – Fightin Words (2014)

Quand on doit ses lettres de noblesse aux compétitions de battle ça ne vous garantit un succès sur galette. A l’instar d’un Akrobatik, Diabolic aurait pu très bien se perdre sur CD avec un espèce de best of de ses meilleurs punch en live. Mais avec Liar and A Thief, Diabolic avait passé le test avec succès en nous délivrant un album fort en contenu. Absent depuis un petit moment, on se demandait quelle route allait emprunter Diabolic, revenir dans la carcan des battle ou continuer sa route en agrémentant sa discographie d’un nouvel opus. C’est donc sur cette dernière voie que Diabolic a décidé de poursuivre sa route en nous approvisionnant les oreilles via Fightin Words, un opus qui rien qu’à son titre annonce la couleur et nous ramène forcèment à la notion de battle.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Diabolic, on le résumera simplement ainsi : Diabolic c’est la fusion parfaite entre Non-Phixion, Vinnie Paz et Apathy. En clair, si ce type de mcs ne correspond pas à votre vision du rap, on ne peut que vous invitez à passer votre chemin. Pour les autres, Diabolic est ce grain de folie qui manque actuellement à ce style de rap. Electron libre de par sa formation en battle rap, Diabolic joue sur sa propre folie, sa capacité à jongler avec les mots et sa violence interne pour composer. Un style d’écriture qui alterne donc entre verses écrits en 10 minutes et texte plus aboutis (pas forcèment plus réfléchis). Certains avanceraient la maturité acquise entre deux projets comme facteur de motivation, dans le cas de Diabolic, on est plus dans le traitement d’une démence incurable à qui on fout un micro comme placébo. Instable, ne lui demandez pas d’être un modèle, les parents et les professeurs sont là pour ça, lui non.


Fightin Words est donc une continuité crasseuse, sombre et irréfléchi de Liars and A Thief avec toujours cette putain de plume et une capacité de construire des rimes hors norme même dans les moments les plus glauques. Enchainé Piss and Vinegar, Game Time et finir sur History c’est tout simplement passer d’un morceau complétement déstructuré dans sa réflexion à la théorie du complot à l’américaine pour finir sur des ados suicidaires. La folie du mc va avec cette absence de ligne conductrice, Fightin Words répond à sa propre signification : frappé fort par les mots. Etre en guest sur ce type d’album, c’est l’assurance de prendre une fessée lyricale si vous venez faire le minimum syndical, message passé et bien compris par Celph Titled et Swave Sevah qui répondent avec les trips sur Introvert. Autre moment intéressant, Game Time laisse les esprits dérangés de Vinnie Paz et de Sean Price semer le doute, tout n’est que mensonge (dans le dèlire RMC découverte, Alien Manuscrit vaut le détour). Mais le grand moment de cet album reste surement cette course poursuite avec au volant de la voiture R.A. The Rugged Man toujours aussi instoppable au micro, derrière la thématique les deux mcs se livrent une guerre secrète sur qui marquera le plus de points sur le delivery, dur à dire au final !


Niveau musical, Fightin Words ne varie pas de son prédécesseur, beats crasseux et sombres en majorité. On attendait beaucoup de sa collaboration avec DJ Premier sur le troublant Diabolic Sound, ça ne sera malheureusement le morceau à retenir de cet album, calibré comme un Society is Brainwashed de Ill Bill mais sans saveur, Primo tire mais ne tue pas. Le français Junior Makhno arrive à refourguer 4 beats sur l’album dont le très bon Introvert et ce petit riff de guitare entêtant, le très minmaliste Piss and Vinegar, le très crasseux Alien Manuscrit et en guise de bonus A Day In The Life. Autre beatmaker qui sort du lot, Sicknature la moitié des Snowgoons envoie la cavalerie sur Suffolk’s Most Wanted, dur de ne pas reconnaître la touche des allemands sur cette production. Dans l’ensemble, la ligne de production n’a pas à rougir de celle de Liar and A Thief mais la longueur de l’opus use assez rapidement l’auditeur. Des sons comme Feel Ya Pain ou Bad Dream sont musicalement sans intérêt.

Diabolic confirme avec ce second opus qu’il y a très peu de terrain où il faut venir l’emmerder. Que ce soit sur scène ou sur galette, l’homme reste une grosse pointure du mceeing actuel. Il faudra plus qu’une balle pour abattre la bête, les featuring de cet album sonne comme un avertissement, on ne baise pas Diabolic sur ses terres. Seule faiblesse du mc, la gourmandise qui se traduit sur Fightin Words par un contenu trop lourd pour permettre une digestion complète. Mais dans le petit monde du hardcore boom bap bien crade, il est fort à parier que cet album caracolera en tête de cette année.

 

Diabolic – Fightin Words (2014)
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