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Chuck Strangers & Hus Kingpin – Hus Kingpin Meets Pro Era EP (2014)

Qu’est-ce qui motivent encore les jeunes MC de la grosse pomme à vouloir suivre la voix empruntée par leurs ainés 20 à 30 ans en arrière ? Alors que le modèle « pute roro fried chicken » cartonne dans le mainstream et que le rap se perçoit de plus en plus comme une branche de la pop, certains semblent vouloir croire au retour d’un rap sans concession (enfin normal) et à consonance boom bap. A voir la moyenne d’âge du crew Pro Era de Joey Bada$$, on aurait l’impression qu’un album comme Illmatic serait une vieille relique à placer dans une bibliothèque plus que dans un lecteur CD et pourtant la genèse de Pro Era s’est construite sur ce type d’album. Choix étonnant mais assez judicieux pour porter ses fruits puisqu’aujourd’hui tous les yeux sont rivés sur eux. De leur côté le crew Digi Crates Records qui compte comme principaux membres Hus Kingpin, Rozewood et Smoovth ont embrayé le sillon dégagé par Roc Marciano, un rap qui sent la rue avec quelques gouttes de cognac bien chic histoire d’attendrir le discours. Sans être vraiment proche, les deux maisons ont su redonner une touche assez moderne à un style poussiéreux. L’arrivée en free download d’un EP comme Hus Kingpin Meets Pro Era doit se voir comme un événement d’une assez grande importance pour que chacun y tende une oreille sérieuse. Derrière ce projet qui réunit donc Hus Kingpin et le mc/ beatmaker des Pro Era Chuck Strangers c’est un espèce d’inventaire du passé remis à la sauce actuelle qui se présente à nous et en trame de fond une lueur d’espoir.

Cette rencontre c’est un peu comme organisé une dégustation d’un Hennessy de haute qualité sur un terrain vague du Bronx ou venir taper la coupe de champagne dans le pire projects de New-York. C’est Pass the Courvoisier qui se fait gang banger par Like Whoa de Black Rob. Venez en costume 3 pièces mais oubliez pas le glock à la ceinture et le Durag dans la poche cigarette. On ouvre le bal avec Harknock qui bizarrement n’est pas produit par Chuck Strange mais Lewis Parker, british de son état et plutôt bien couillu à la production. Rien d’étonnant puisque quand le Chuck n’est pas aux manettes, il vient facilement taquiner du mic. Beat sombre et pépère pour commencer sur des lyrics chics, on est décidément dans cette recherche constante de toucher les extrêmes. Boucle de piano bar, ambiance feutrée bien smart, vous vouliez être bousculée sur vos bases c’est chose faite avec cette reprise de Ice Cream. Et quand on parle de reprise, on ne parle pas de reprendre le beat. Cet enfoiré de Chuck Strangers vient dépouiller l’héritage pour en faire un quatre étoile façon Winston. Niveau lyrics on revisite le hook à la sauce actuelle et on lâche les clins d’œil de circonstance au Wu dans les verses. Un cocktail détonnant qui au préalable rebute pour au final finir par devenir addictif. 100 Miles permet de redescendre d’un cran avec un beat qui force trop sur la saturation et finit par très vite fatigué les oreilles comme du dépôt dans un Don Pérignon, le point noir de cet EP, le Ferrero sur le banquet de l’ambassadeur. On retrouve la marque de fabrique glam mac qui fait tout l’intérêt de cet EP sur le festif For The Love, un morceau qui aurait mérité un petit Ghostface en guest (aucune logique dans cette réflexion juste l’envie de le dire, non plus sérieux le beat sent le cul et y a pas mieux que GFK pour renifler ce genre de merde). Alors attention derrière ce côté mielleux, For The love propose en quelque sorte d’arrêter toutes confrontations mondiales violentes autour d’une coupe de champagne et de quelques bitches en guise de petits fours. L’attention est louable mais messieurs gare à ne pas tomber dans le rap de baltringue façon free guns world, un peu de sérieux tout de même !

Suspect est encore un de ces délires musicales en mode down tempo loungue à base de gros cigares qui abordent la nostalgie de l’enfance contre la vie d’adulte (ou de OG), douceur du hood qui passe crème dans les oreilles. Le hook de Fly Shit pousse à rentrer dans ce délire fumeux, encore une fois on n’est pas violenté par la voie empruntée mais on se laisse porter tranquillement. On rentre ensuite dans la partie remix qui est proche du n’importe quoi mais complétement en phase avec le délire du EP, à ranger dans le fou farandole de desserts jeu. B-Sun revisite 100 Miles et plie littéralement l’original, une version plus sobre et plus discrète qui fait oublier la saturation bourrine de l’original. On pensait être allé au bout du possible sur la reprise de Ice Cream c’était compté sans la version Kool J Illa qui faut prendre avec humour pour le coup. Les mecs pourraient être sapés façon style pic-nique des années 50 au bord d’une rivière en train de taper le brandy qu’on ne serait pas plus choqué, tu couples ça avec des danseuses étoiles en tutu et t’es dans la thématique du beat.

La cagette de bois brulée dans un tonneau rouillé sur un terrain vague n’est malheureusement plus le critère phare de la hooderie musicale et on dira tant mieux (c’est plus bio, plus écoresponsable, un peu pd quoi). A force de regarder en arrière à vouloir ressortir du ¾ ciret Helly Hansen dans le style actuel, on avait oublié que le talent n’est pas une question générationnelle mais avant tout un choix assumé. La rencontre entre les Digi Crates et les Pro Era c’est un mawashi geri circulaire dans les chicos des puristes, une bonne golden dans la ganache dans le sacrosainte golden era et qui aboutit à faire un son de truand chic avec du bagout dont seul le caniveau peut imprégner les mentalités.

Chuck Strangers & Hus Kingpin – Hus Kingpin Meets Pro Era EP (2014)
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