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Bunch Of Shit #8

Au programme de ce numéro 8 : Bronze Nazareth fait de la brocante de vieilles reliques pour le plus grand plaisir de Willie The Kid, Black Milk cultive sa bipolarité musicale sous psychotrope, OC se la joue ristretto à la terrasse du Ray’s Cafe avec Ray West et DJ Brans obtient sa green card avec la complicité de Fel Sweetenberg.

 

Un album de Bronze Nazareth c’est un peu comme la cuisine de grand-mère, y a rien de raffinée mais c’est tellement bon qu’on attend avec impatience la prochaine fournée. Mais surtout, on a toujours le sentiment que l’homme est un des seuls à raviver la flamme du Wu (à quand un album avec Ghostface ?). Cette année le mc/producteur connu pour sa constance s’associe avec Willie The Kid connu lui aussi pour sa constance à ne servir à rien. Et si certains sont encore émerveillés par sa collaboration avec ALC, on rappellera que le niveau zéro est souvent au-dessus de celui de l’ex mc au style Dirty South. Bref cette collaboration c’est comme de nous dire que le plat du jour ne sera pas assaisonné, on s’attend à un plat bien fade si on est un minimum rationnel. Fade, The Living Daylights l’ai sans aucun doute, pas mauvais certes mais ce genre d’album où le replay value peut très bien s’arrêter à la première écoute.


Comme évoqué, Willie The Kid est aussi impressionnant qu’à son habitude, l’homme enchaine les tracks et on se demande pourquoi l’homme il est sorti de son secteur de prédilection pour aller taper du rap plus underground. J’avais déjà trouvé offensant sa façon de pourrir les beats d’ALC, j’en pense pas moins sur cet album. Heureusement Bronze Nazareth ne sait pas non plus sorti les doigts du cul pour fournir une fournée de beats de prestige. Le mec expliquerait que ce sont des beats invendus qu’on le croirait. Se taper du Sweet Sorrow en boucle, rien que ça c’est challenge. Pour le reste, on a du matos musical plutôt passable sans pour autant prendre une fessée. A la rigueur le seul vrai intérêt de cet album collaboratif demeure dans les feat qui tout en faisant le minimum syndical suffisent à rendre déplorable le Willie The Kid. Roc Marciano (putain le mec essaie de prendre Marci à son propre jeu, vraiment peur de rien), le cousin LA The Darkman sur Fucking Blades rappelle que poser c’est bien mais avec style ce n’est pas donné à tous. Sur Delirium, on hésite à composer le 911 par civisme, assisté au viol d’un pauvre gars par Sean Price et Sha Stimuli, on ne le souhaite à personne. Même la copie conforme de Prodigy, Boldy James semble hors pair au mic.


Le Bronze Nazareth 2014, ne semble pas être une année faste niveau production, rien de fous sur ce The Living Daylights et à la rigueur on ne s’en plaindra pas, donner du caviar à des cochons c’est la mission divine que s’est auto-attribuée ALC, chacun son créneau. Non à la rigueur, on applaudira le sens de businessman du Bronze de refourguer ses fins de série à un mc qui n’en mérite pas plus…

 

On avait perdu le Black Milk depuis quelques années dans ses propres délires. Son premier album Popular Demand avait amené la lumière suffisante pour le laisser taper des albums fades et un poil expérimental. Si le bas de la carotte est fin le haut est lui plus proéminant si bien que la cartouche commençait à se faire sentir. Voyant le vent tourné Black Milk était revenu en 2013 avec sa recette originelle sur No Poison No Paradise. Et là, rien à dire quand Black Milk fait vraiment du Black Milk on ne peut qu’apprécier et l’encourager dans cette voie. Profitant de se relent de sympathie, le producteur natif de Detroit lâche pour sa fan base 9 tracks, en format EP, sous le nom de Glitches In The Break.

Et comme les mauvaises habitudes ont souvent la dent dure, on aurait dû se méfier dès la visualisation de la cover. Glitches In The Break peut se voir comme un cadeau ou comme un coup de pute. Entre rationalité et irrationalité, on navigue en mer agitée sur cet EP. Entre touche habituelle et excentricité, le Black Milk livre un condensé du personnage pouvant aller très loin comme le track Silence où là on est aux portes du surnaturel, beaucoup de mcs même avec un flingue sur la tempe refuserait de poser sur ce genre d’ovni musical complétement pété. Heureusement, quand d’un côté on a l’impression d’avoir été embarqué dans la secte de Rahel, des morceaux comme G nous rappelle que nous n’avons pas perdu toute rationalité (merci à Guilty Simpson qui plie le truc), la boucle un peu enfantine de Dirty Bells démontre que le gars peut être original mais avec un penchant à user trop fort d’anxiolytique si on continue avec Ruffin. Autre exemple avec 1 for Dam et Reagan, là une fois de plus Black Milk arrive à aller chatouiller l’abstract sans pour autant en faire trop.

Au final, on se dira que Glitches In The Break est un cadeau plutôt sympathique en attendant du mc/producteur un nouvel album soit dans ce qu’il s’est très bien faire ou alors dans une nouvelle expérimentation qui risque d’en faire flipper plus d’un.

 

Il peut arriver qu’on se méprenne trop vite sur le cas d’un artiste, pour ma part j’avais très vite catalogué Ray West comme une plaie plus qu’un apport pour le rap underground new-yorkais. Entre son album commun avec AG et son projet I Luv NY, je n’arrivai pas à comprendre comment des noms si emblématiques qu’AG, OC, Kurious ou encore Roc Marciano pouvaient se porter garant d’un style de beats soul downtempo dénué de technicité et même de relief comme sur Everything’s Berri. Ça c’était avant d’écouter Ray’s Cafe son EP en commun avec le monstre OC. Je ne sais pas si c’est la maturité de Ray West ou l’EP en lui-même qui raconte une histoire où les deux protagonistes trouvent leur place avec brio mais d’un seul coup ma vision du travail de Ray West a été brouillée. Ray’s Cafe est ce genre d’EP qui suffit à lui-même pour ne pas viser un long format. Un condensé de style, de rythmique et de flow roulant comme le mécanisme d’une montre suisse. On sort clairement du style D.I.T.C. pour un type de sonorité plus suave et plus intimiste qui colle à l’image de Ray West. Ray’s Cafe aurait pu être un film dans la continuité de masterpiece comme Blu In The Face et Smoke de Paul Aster.


L’air est bon, le soleil brille sur Brooklyn de quoi chiller pépère à la terrasse du Ray’s Cafe et contempler les habitués du rade et les passants, le synopsis de cette courte aventure pourrait se résumer ainsi. OC en spectateur averti retranscrit l’atmosphère tout le long de ce court album tout en cherchant à se renouveler dans son style d’écriture. Un style qui va avec son âge magnifié par un flow parfois lent parfois rapide. Je crois que peu de mcs peuvent se targuer d’avoir creusé leur réflexion aussi loin qu’OC et cet EP ne déroge pas à la règle, une vision de vie différente que ces albums précédents, réussite et échec, amour et haine, tout sur cet album est scrupuleusement abordé au Ray’s Cafe. On parle de la vie en fait, du fait de vivre chaque instant pleinement puisque de toute façon personne ne peut tromper la mort. L’enchainement final Breaking Rules, Ymi et Gotta Luv It est une pure merveille. On notera la présence d’AG et Milano sur Go Back, étrange track posé au milieu et qui semble n’avoir aucun rapport avec le reste (mais bon pourquoi pas).

Il manquait plus que le travail de Ray West pour rendre hommage à OC et là, il n’y a pas à dire, le gars lui lâche du miel. Entre un Ray West sur I Luv NY et un Ray West sur Ray’s Cafe, il y a un autre monde, une autre technique et une autre intelligence. Une excursion musicale orientée low tempo sur des samples jazz et soul qui rend le tout pas que Hip-Hop. Une touche plus discrète et maitrisée qui nous interroge sur la réalisation de l’album : beats ou live band ?


Ray’s Cafe sans être un OVNI est une vraie pépite, un instant d’immersion dans un café de jazz fait de calme et de relaxation. On se pose à la table avec OC et Ray West, la magie opère, un peu de calme et de réflexion dans un game de rap brut ne peut faire de mal.

 

Peu aurait osé parier sur la réussite du label Effiscienz et sa ligne de conduite outre-atlantiste, il y a quelques années, aujourd’hui le succès d’estime est indéniable et la constance de leur livraison permet de les garder à l’esprit. Porté par une grosse équipe (le label englobe tout : production, mastering, visuel et clips), Effiscienz c’est surtout la pâte de DJ Brans même si dernièrement on a vu des projets comme les anglais d’Union Black débarquaient sous le label avec leur album Friday et amenaient une pierre supplémentaire aux fondations de l’équipe. Histoire de remettre un coup DJ Brans s’allie avec le natif du New Jersey Fel Sweetenberg membre du crew Nuthouse avec Dave Ghetto et Nex Millen. Ces blazes ne vous disent rien ? Pas de soucis car The Invisible Garden va vite vous faire retenir le nom de Fel Sweetenberg. 10 tracks, courts mais intenses dans cette collaboration et si vous êtes déjà un adepte du style DJ Brans c’est bonheur.

Souvent la musique est une question d’alchimie, de feeling, The Invisible Garden est la combinaison des 2, DJ Brans et Fel Sweetenberg étaient faits pour se rencontrer et cette galette apporte tous les ingrédients nécessaires à cette rencontre. L’efficacité de Brans couplée à l’ingéniosité lyricale de Fel Sweetenberg c’est tout con mais on n’en demande pas plus tellement la spontanéité des deux gars suffit à nous mettre d’accord.


Alors bien sûr, on n’est pas là pour claquer des bises et bouffer du tofu bio, dès l’intro on sait que ça va être barbaque : « the poorest city in the nation and the most dangerous city all in the same place », le décor est planté, on aimerait vous dire bienvenue mais le comité d’accueil se résume à un surin dans les côtes. Funk classieuse violée par les manettes de Brans et bitumée par les cutz de bonhomme de DJ Djaz, on enchaine les tracks : Power Stricken (voilà ce que l’on nomme un wordplay de bâtard), Drinkin Again (plus jamais je bois, le lendemain de cuite classique), The Name itself (gros cuts hook), The Corrupt et Tomorrow’s In The Same Stars (grosse boucle gospel). A mon goût, seul Hyena’s Den avec Almighty n’a pas sa place sur l’album. Pas mauvaise mais trop  brouillonne, le track casse trop la routine de l’album pour  faire adhérer, on oublie vite cette incartade musicale pour revenir à un style plus posé qu’est Good = Love, la note optimiste du projet. The End Of The Book ne clôture carrément pas en douceur album, on lâche les fauves de Dirt Platoon, un très bon street banger. On finit à la The Game avec un petit name dropping, rien de très fou excepté qu’on apprend que la prononciation du prénom Gustav peut amener certaines complications.

The Invisible Garden est ce que peut vous offrir de mieux l’équipe Effiscienz : un projet solide qui allie les styles de DJ Brans, les cuts de DJ Djaz et le delivery très complet de Fel Sweetenberg. Si cette claque vous amène à des instincts sado-maso, il vous reste encore à éplucher le catalogue Effiscienz pour finaliser votre trip bondage.  On espère revoir très vite Fel Sweetenberg, le mc transpire un quelque chose qui peut l’amener loin.

Bunch Of Shit #8
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