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Freddie Gibbs and Madlib – Pinata (2014)

Qui n’a jamais rêvé d’avoir une putain de peau de zèbre dans son salon, histoire de rendre cette putain de pièce à vivre un peu plus maison close ou fumoir à gentleman en polo à canasson ? bref les cours de la peau de zèbre étant tout de même élevée et les associations de défense des animaux (espèce de sac à végétarien bouffeur de tofu qui mérite de crever comme du gibiers lors d’un safari de millionnaire organisé par ce bon vieux roi d’Espagne) prêtes à vous envoyer en taule, il ne vous reste peu de choix sur lesquels vous rabattre. Sachant que la peau synthétique risque de vous faire passer pour un de ces eunuques anti-guerre, il est important de pallier cette frustration par un bon vieil accessoire auditif qui vous garantira votre street crédibilité tout en encanaillant un minimum vos oreilles. Pour cela, pas besoin de passer chez son antiquaire préféré et dealer attitré à ses heures perdus ni même d’organiser un braquo chez votre voisin adorateur du maréchal mais aussi grand nostalgique de la colonisation et du buttage de bluffe. Pour une somme toutefois raisonnable, vous pourrez acquérir le Pinata. Attention tout de fois à ne pas se tromper en optant pour cette espèce de canasson en papier mâché dont les couleurs pourraient amener méprise sur une certaine gay friendly de votre part et remplit de bonbon à sucer et autres sucettes à la rose faisant passer le plus gros fan de Mika pour un hétéro à côté de vous. Non cette Pinata, même si elle est remplit de toutes sortes de saloperies surprenantes n’est autre que l’album collaboratif entre le gangster le plus couillu du moment Freddie Gibbs et l’électron libre Madlib.

Je vois déjà des voix s’élever contre l’acquisition de cette collaboration comme supplétif à la peau de zèbre. Vous vous dites : »Pourquoi faire l’acquisition d’un Freddie Gibbs alors que ce salopard salit l’ensemble de ses verses sur des productions toutes pétées depuis 2 ans » ou « Je ne mange pas bio, je ne me sape pas chez The Kooples, je n’écoute pas France Inter et surtout la barbe avec un slim c’est la quintessence de l’appel au viol, alors pourquoi j’irai écouter du Madlib ? ». Easy, goodfellas, on s’allume un cohiba et on se serre un bon vieux jacko. Là on n’essaie pas de vous refourguer de la vieille paulette miss MST 1974 au prix de la monténégrine, laissons sa chance au produit comme dirait feu Jean-Luc Delarue même si ça lui a pas trop porté chance. Car aussi improbable qu’elle puisse paraître, cette combinaison de vraies choses rend d’un seul coup vos enceintes de salon street crédible auprès de vos invités et autres partenaires de vice. Très vite on se rend compte qu’on est très loin de la parodie rap underground que le net refourgue chaque jour.


Ce Pinata c’est un peu comme se la mettre au champagne à l’hippodrome pendant que les autres se finissent à la bière dans un vieux troquet appelé vulgairement bar PMU, on change de catégorie sociale direct, classe peau de bête et table basse en vraie pute. Vrai mc, en revoir les pleureuses du rap underground qui, trop englouti par leur soi-disant malchance, oublie que la première cause de leur échec c’est eux-mêmes. Freddie Gibbs, même pas un blaze mais une évidence, un mec entrainé au rap couillu celui qui tape cash sans en faire des tonnes. Une présence au mic, une voix qui impose le respect et des lyrics de vrai Gs en mode Menace II Society. Il fut vrai qu’à un moment l’homme n’était plus que l’ombre de lui-même enchainant des projets d’un ridicule allant même jusqu’à se taper Statik Selektah en prod. Mais voilà Pinata c’est la renaissance, le genre de collaboration qui te fait reprendre la plume et noircir la page avec du rap mafioso-gangster de haute violence. C’est aussi le moment de la maturité, l’homme, enfoiré parmi les enfoirés, se sait escroc de haut vols dans sa vie de G’s et le reconnait sans remord (Deeper, Broken). Le moment de faire table rase et d’envoyer chier une dernière fois ses ennemis (Real) à la mode californienne, l’homme de LA qu’il n’oublie pas (Lakers ou Kicks) retrouve le haut du panier et réimpose son rap dur et enfumé sans avoir à rechercher dans ses pas les traces de 2Pac. On notera une guestlist qui calme direct le hater primaire : Raekwon, Scarface, Domo Genesis, Ab-Soul ou encore Danny Brown.


Alors quel autre élément mérite qu’on dessoude des zèbres à l’arbalète pour en faire des putains de pochettes de CD ? Madlib, le producteur chouchou des bobos en mal depuis la mort de J Dilla, est avant tout un putain de producteur qui influence pas mal de beatmakers actuels. Derrière ses projets chelou pour un public de hypster trentenaire qui a jamais du bouffer un steak saignant leur vie, Madlib c’est une touche qui ne s’explique pas mais qui prend tout son sens quand un vrai mc vient la plier. Le créateur des Beat Konducta tire dans tous les sens : aéro RNB classieux (Shame, Robe) de la funk pimpé (High, Scarface) ou du beat sur synthé (Uno), le tout ponctué de petites références à la blaxploitation. Bref le mot alternatif est assez éclatant pour décrire la structure musicale de cette ogive surtout que les deux univers des 2 protagonistes est loin de s’apparenter (Thuggin’).


Au lieu de vous afficher pendant 50 générations en diffusant la collaboration fiotte de Party Supplies et d’Action Bronson pour vous donner un street crédit, optez plutôt pour la peau de zèbre d’un bon gros Pinata. Ici pas d’effleurement de mic façon pucelle et surtout pas de beatmaker qui confond les manettes de sa machine avec un dildo. Les invités, dans votre salon, remarquerons le style peau de bête amenant ainsi plus de décontraction sur d’éventuels sujets collaboratifs de type partage de l’argent de la drogue ou encore l’impact de l’éco-taxe sur l’importation de la pute ukraino-slovène dans nos rues.

Freddie Gibbs and Madlib – Pinata (2014)
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