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Boldy James- My 1st Chemistry Set (2013)

Et si le rap n’était qu’une question de chimie, que l’ensemble de la réussite d’un album se basait sur la bonne adéquation des atomes et des molécules musicales émanant du beatmaker et du mc. Si le talent n’était pas au rendez-vous, pourrait-on dupliquer à foison les cellules des classiques et étudier les réactions chimiques qui découleraient de leur mélange dans de nouvelles formules tout en y incorporant des éléments moins résistants. 9th Wonder et Buckshot avaient déjà avancé cette théorie en 2008 avec leur album commun The Formula qui n’avait clairement pas réussi à convaincre. 2013, alors qu’ALC revisitait sa formule préférée avec son acolyte Prodigy sur Albert Einstein, l’homme qui règne sur la planète beat du rap se lance sur cette même idée. Le postulat de départ pourrait se résumer comme suit : peut-on reproduire la formule intestable Prodigy et ALC à n’importe quel mc ? My First Chemistry Set est la réponse à ce questionnement.

Pour cette expérience, ALC est allé chercher Boldy James, mc natif de Detroit et qui ne semble pas se retrouver dans l’héritage de J Dilla quand on se plonge dans ces premières mixtapes. Choix plutôt sans risque pour l’expérience puisque tout chez Boldy James transpire le Prodigy. Dire que le gars est un copier/coller n’est pas une insulte : slow flow, thématique façon loi du Tallion le tout dans un décor de gang life au sein de la ville la plus pourrie des States : Detroit. En clair, on ne risque pas de se cramer la gueule en mélangeant les tubes à essai sachant que les réactifs utilisés sont très proches.


Dans un rap jeu sans que Prodigy n’ait existé, on qualifierait sans doute cet album de masterpiece mais voilà, le Pee, c’est comme mamie sur le rockingchair le dimanche après-midi, il fait parti des meubles et cela depuis des lustres. Et si ces dernières sorties ne sont pas d’un niveau comparable à ses premières années de cassage de mic, il reste indéniablement un mc que l’on suit mais surtout que l’on respecte. D’où forcèment ce ressenti quand Boldy James vient kicker les instrus, le mec est bon mais loin de dépasser le maître ou d’apporter une écoute différente des productions d’ALC. Ce qui est bien dommageable ! Frustré du niveau de Prodigy sur Albert Einstein, on peut qu’être stoïque sur celui de Boldy James sur My 1rst Chemistry Set.


Pourtant la ligne de production est aussi élevée que sur Albert Einstein, Alchemist lâche un travail millimétré du même acabit entre les deux albums rendant limite interchangeable les instrus d’un album à l’autre. Par contre si il est impossible de mettre une mention wasted beats sur le Albert Einstein, on est moins rigide pour la foutre à ce My First Chemistry Set. Alan donne un travail trop bon pour un résultat final aussi light surtout que Boldy James reste tout de même limité dans ses story tellin (et je ne m’arrêterai pas sur les hooks souvent très faibles).


Mais rien ne sert non plus de cracher dans l’éprouvette car derrière cette attitude de puriste à la con qui me caractérise, on passe quand même un très bon moment sur cet album grâce à des guest habitués à la touche d’ALC : Action Bronson, Freeway et Domo Genesis. On relativisera aussi en se disant qu’il faut mieux que ces intrus servent à cet album plutôt que de finir dans un tiroir ou sur une mixtape de seconde zone mal mixée.

La chimie a donc ses limites et un clone reste avant tout un clone. Prodigy doit sa place à sa personnalité et à cette image de mc qu’il s’est forgé depuis 20 ans. Il sera donc dur pour Boldy James de venir conquérir les terres de la moitié des Mobb Deep même en utilisant les mêmes armes. Il faudra donc prendre cet album comme un bon complément à Albert Einstein mais en aucun cas comme un concurrent assez sérieux pour le dépasser.

Boldy James- My 1st Chemistry Set (2013)
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