Skip to content

Live Percenters – The Corners Involved (2013)

En plus de 30 ans d’existence, le rap semble avoir baroudé tous les sentiers possibles et même les sentiers interdits. Du jazz à la soul, de l’electro à l’eurodance, le rap a tapé tous les registres musicaux possibles, pour le meilleur mais aussi pour le pire. Si bien qu’on peut toujours s’interrogeait sur sa capacité à surprendre et à réussir à créer une atmosphère différente de tout ce qui s’est écouté auparavant. Ce scepticisme arrive toujours à s’ébranler quand le talent de l’artiste dépasse les frontières de la banalité et si le constat général des deux dernières décennies reste très mitigé, il reste rempli aussi de grosses surprises. A ce titre on pourra citer Roc Marciano qui a su rafraichir le style new-yorkais et créé une nouvelle école dont les valeurs émergentes sont un vivier impressionnant de talents (Hus Kingpin, Rozewood, Ka pour ne citer qu’eux). Dans des registres plus « exotiques » les lascars de Cunninlynguists ou The Doppelgangaz démontrent que la musicalité n’a pas de barrières dans le rap et que la source de créativité est loin d’être épuisée. Si l’année 2013 doit voir un groupe acclamé pour sa recherche d’originalité, les Live Percenters semblent bien parti pour taper la récompense.

On parle beaucoup de la ville de Chicago et du Label Glory Boyz Entertainement espèce de poubelles rapologiques qui doit son succès aux paroles complétement débilisantes de son écurie et dont le symbole est Chief Keef (bref la drill music, aucun lien de parenté avec moi…). Et si la plus part des médias ont tenté avec beaucoup de retenue d’endiguer le phénomène, Chief Keef fait parti de ses personnages qualifiés de renouveau du Hip-Hop au même titre qu’un Rick Ross. Bizarrement la côte de Philadelphia ne peut pas prétendre à la même reconnaissance et pourtant la ville est surement le vivier le plus prolifique des 10 dernières années. De ce fait, à part marquer un public averti les Live Percenters, natifs de Philly, ne risquent pas de créer une déferlante comparable à celle Chief Keef.


Pourtant en lâchant leur premier album The Corners involved, le trio y a mis les formes et la fraicheur nécessaires à en faire un album très solide. Derrière ce projet se cache surtout une valeur émergeante du beatmaking Josh Schuman aka Dukes Go Up. A en suivre sa bio, le beatmaker office aux manettes depuis 1995 mais ne fait parler de lui qu’à partir de 2012 où il sort sa tape sur son bandcamp qui démontre déjà une orientation originale dans ses samples. Nourri aux diggin et se servant uniquement des vinyles de sa collection, Dukes Go Up crée une architecture musicale surprenante du début à la fin de ce The Corners Involved. Pas d’excentricité musicale au programme mais un découpage propre à base de sample soul et funk qui fait de Dukes Go Up un OVNI comparable aux productions de Reachin’ de Digable Planet (avec une partie alternative moins présente).

Il suffit donc au trio de venir rendre hommage au travail de Dukes Go Up pour faire de leur premier album un pilier de cette année. Le trio se livre donc a du passe-passe sur les 15 titres et les qualités de chacun permet de bien discerner les mcs (ce qui est un fait rare de nos jours). Physical Graffiti est l’élément féminin du groupe et suit la lignée des Bahamadia, Jean Grae et Rah Digga avec un flow musclé histoire de ne pas passer inaperçue par la partie masculine du groupe. I-Be4Evr prend le rôle d’agitateur de conscience avec un travail lyrical bien plus abouti que ses associés. Enfin Mellow Drum Addict se veut lui plus technique avec un flow plus abouti. Le groupe, dans sa formation, a su mettre en avant ses qualités afin d’éviter la case lambda. On ne se mentira pas, on n’attribuera pas non plus aux 3 mcs la performance de l’année mais la cohérence des rôles donne une vraie valeur ajoutée à cet album.


J’aurais pu faire cette chronique en détaillant l’ensemble des tracks mais le tout est assez cohérent pour que l’on ne s’attarde pas à essayer de sortir du lot tel ou tel track. The Corners Involved est ce genre de galette rafraichissante qui a le mérite de vouloir proposer quelque chose de diffèrent. La structure musicale de Dukes Go Up en déroutera plus d’un mais l’originalité de ses samples et du travail accompli mérite de faire l’unanimité et surtout de lui ouvrir de nouvelles opportunités. Si Live Percenters peuvent être fiers de leur premier album, ils devront tout de même s’armer de beatmakers du même pédigrée pour réitérer la réussite de The Corner Involved.

 

Live Percenters – The Corners Involved (2013)
3 vote(s)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Les balises HTML ne sont pas autorisés.