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KRS-One & Buckshot – Survival Skills (2009)

Peu de rappeurs peuvent se vanter d’être la mémoire vivante du mouvement ni avoir l’expérience pour enseigner aux plus jeunes les piliers du Hip-Hop. KRS-One aka The Teacha, 44 ans dont plus de vingt ans passé dans le rap, continue à sillonner les scènes, les featuring et les Project du Bronx avec toujours le même message : The Real Talk. Mais le temps n’épargne personne et malgré sa volonté de toujours être le porte étendard d’un Hip-Hop éthique, le message ne passe plus et le rap s’automutile attirée par des vices musicaux en adéquation avec les dieux médias. Alors quand Buckshot, leader emblématique de Boot Camp Clik vient le voir pour un projet d’album, il n’en faut pas plus à Kris Parker pour livrer une nouvelle leçon. Un projet d’une telle ampleur aurait été criée sur tout les toits il y a une dizaine d’année mais aujourd’hui la donne n’est plus la même. Mais quand même, quand Boogie Down Production meets The Boot Camp Clik, cela met en appétit.

Ce projet, au final, n’est pas si surprenant que ça, le nombre de points communs entre les deux mcs pourrait remplir une feuille. Mais l’intérêt du titre, Survival Skills et son contenu fait forcément ressortir un point majeur dans leur affinité : gardien et protecteur d’un héritage Hip-Hop mis à mal par la voie choisie par la nouvelle génération. Si KRS-One est aujourd’hui le seul acteur actif des 80’s, en attendant The 7th Seal de Rakim, il traîne depuis longtemps le statut de redresseur de tort. Pour Buckshot, cet enjeu commun s’est révélé il y a peu ; non pas que le mc est outrepassé les règles dans le passé, mais l’évanouissement au fur et à mesure de l’héritage du Boot Camp Clik se faisant de plus en plus menaçant, le rôle de moralisateur était une évolution normale pour la survie de ce crew.

Si faire la morale à la nouvelle générateur semble facile, il faut que la musicalité et le contenu de ce Survival Skills apportent aussi un vent de fraîcheur en évitant de tomber dans la simplicité de la nostalgie, ce qui, pour des old-timers, semblent difficile à apporter. Alors réel apport moralisateur ou juste gueulante sans intérêt ?

L’album s’ouvre avec le titre éponyme de l’album, sur une instru dark et énergique d’Ill Mind, Buckshot et KRS-One accompagnés de DJ Revolution (auteur d’un très bel album King Of The Decks en 2008, alors foncez), nous délivrent le secret de la survie dans la jungle Hip-Hop sans oublier de dédicacer le morceau aux « vrais » qui ont croisé leur chemin, une entrée en matière qui promet. Robot, premier single, nous plonge dans un sujet à controverse très actuel : l’utilisation d’artifices diverses dans le rap. La comparaison avec un certain D.O.A. de Jay-Z est naturelle et disons-le clairement, la consistance des lyrics est loin d’être du même niveau. Là où Jay-Z reste très minoré dans ces propos et inconsistant dans ses lyrics, de l’autre côté c’est une vraie déclaration de guerre lancée par Buckshot et KRS-One (très rageux et en même temps dans son élément). Si D.O.A. doit son succès par la perle musicale réalisée par No Id., ce Robot n’a pas à rougir car là Havoc des Mobb Deep livre une instru de premier ordre. The Way I live où comment replonger dans la force et la magie des duos Rap/RnB des années 90. L’aura de Mary J. Blige englobe l’ensemble de la track accompagnée magistralement par KRS-One décidément en forme. Si l’instru produite par Black Milk souffre par simplicité, un nombre certain d’écoute devrait finir par convaincre les plus septiques. Rock des Heltah Skeltah, en bon soldat, vient se joindre à la guérilla pour épauler le général Buckshot sur le très warrior Clean Up Crew suivi par Talib Kweli, irrésistible et qui confirme sa bonne forme actuelle après son énorme performance sur History de Mos Def. Les connaisseurs remarqueront la patte de Marco Polo sur cette instru, Oh Really un grand moment de cet album. Le BBC, au même titre que le Wu-Tang, étant une grande famille, le déboulage des Smiff-N-Wessun sur Connection ne surprendra point. Sans casser des briques, l’intru de Moss nous emmène dans la vibe bien noire du NY underground du Golden Age. On retrouve Black Milk sur la prod de Runnin Away en meilleure inspiration que sur The Way I Live. KRS-One et Buckshot, irréprochables au mic jusqu’à maintenant, se frottent sans fléchir aux lyrics d’activiste d’Immortal Technique, encore un bon moment. Big up à DJ Mentplus pour son travail sur Think Of The Things, redoutable, pour ce morceau consacré au repos des guerriers. On en voudra forcément à Nottz pour son manque d’inspiration sur One Shot pour un combo gagnant KRS-One, Buckshot et Pharaohe Monch qui faisait saliver d’avance. Retour en plein champ de bataille avec Amazin featuring Sean Price qui recouvre une deuxième jeunesse depuis sa participation au Chamber Musics du Wu Tang. Suit Hear No Evil très rassemblant et toujours produit par Khrysis. Murder 1 où le gunshot à tout va couvert par les assauts hargneux de Bounty Killer. Dernière surprise, la présence de Slug des Atmosphere sur un We Made sans réel intérêt. Past Present Future clôture bien la thématique de ce Survival Skills.

Forcément avec un tel développement ce serait dur de mal noter cet album. Et pourtant on a un réel sentiment de frustration. La qualité lyricale est là ainsi que les lyrics mais là sempiternelle réplique du « c’était mieux avant » commence à barber. Surtout qu’à force de critiquer, Buckshot et KRS-One en oublient de donner des pistes pour sortir de la mélasse musicale actuelle. Niveau production, le tout est très bien produit sans pour autant être indélébile. On ne crachera pas pour autant dans la soupe et on passera un moment sympathique mais sans plus avec ce Survival Skills.

13/20
KRS-One & Buckshot – Survival Skills (2009)
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