Skip to content

Stamina – Prison de Verre (2013)

Tu tcheckes ton Facebook sur ton smartphone, une notification pour un événement d’un inconnu que tu as ajouté à ta « liste d’amis », tu te crois connecter et que l’ère numérique te donne un rôle important pourtant en parcourant cette rame de métro tu devrais te rendre compte que tu es seul et que le virtuel n’est qu’une chimère flouant la solitude dans laquelle tu évolues. Tu te demandes quelle sera la prochaine photo sur Instagram que tu publieras et le nombre de like qui en découlera, la recherche de l’originalité pour combler ta pseudo différence. Autour de toi tout semble clair et pourtant ta putain de Prison(s) de Verre te cloisonne comme le reste de la Société, tu n’es rien mais tu ne veux juste pas te l’avouer, ta victimisation c’est ton trophée de gloire mais quand tu mets play sur le second album des Stamina tout se brise en éclat de verre tranchant…

Second essai du dragon à double tête, Prison(s) de Verre fait suite au très bon Les Règles de l’Art sorti en 2011. On aurait pu s’attendre à un virage à 360° à l’instar d’artistes comme le C.Sen ou Flynt, mais le duo Freez et Emoaine ont décidé de garder la recette de la première livraison en y ajoutant une bonne dose d’obscurité ou plutôt de pragmatisme. Si Les Règles de l’Art était une introduction, Prison(s) de Verre est la balle à défragmentation qui vient acidifier nos habitudes. Constat âpre mais loin d’être réducteur, les thèmes abordés par le duo renvoie directement à notre quotidien, tantôt témoin tantôt victime, ce 16 titres est un terrain miné où l’on se déplace sans pouvoir éviter de s’en prendre une dans la gueule.


L’album débute sur On Débarque et Manhattan qui marque une bonne entrée en matière en faisant la jonction entre la première galette et celle-ci. Flow de bourrins sur des instrus bien calibrés de Chilea’s et Cheech N’ Chong (blaze du duo beatmaker Emoaine et Chilea’s) et première surprise du côté d’Emoaine qui pratique un beat bien plus musclé que sur Les Règles de l’Art, un point supplémentaire pour le duo. La transition est faite, on entre de plein pied dans la matrice avec le titre éponyme, atmosphère pesante, le taff d’Emoaine sur l’instru donne une dimension supplémentaire aux débits des Stamina : on est plus dans la démonstration mais dans le constat d’urgence, pas d’avertissement dans la page de garde, la trentaine en pleine face et cette vie aussi froide et dure que le bitume des rues. Boulevard des ombres voit débarquer Sidi-O et Aki La Machine et Crack Mode Ockney, pas de quoi faire la fête, y a que les bobos qui pensent que Stalingrad c’est le nouvel endroit hype, ici on rappelle que la ligne de démarcation nous frôle les baskets entre les lumières de la capitale et ses fantômes cachés dans les recoins des boulevards, Emoaine pour le matos musical.


Le sens de la marche (Chilea’s à la prod) coupe le mode passe-passe du duo et laisse le micro à Emoaine, c’est à ce moment que l’on se dit que le travail du mc a vraiment évolué par rapport à ses débuts, non loin d’être intéressant auparavant mais son charisme actuel change la donne. Freez a aussi le droit à son moment solo sur Route parallèle (Chilea’s à la prod, pas de jaloux), pour lui rien à redire, le mec continue à taper le 16 avec la même vitalité qu’à ses débuts. La casquette beatmaker d’Emoaine évolue aussi avec des inspirations plus élargies comme l’instru de titi parisien d’Entre les Lignes Sidi-O vient croiser les lignes d’écritures à celles des rames de la capitale, grosse fraicheur. Par contre moins emballé par le taff sur Back In The Days, dommage la corde nostalgique est toujours un fonds de commerce payant mais même Freez semble pas à l’aise sur cet instrumental. Big Bang rattrape le tir et l’écriture fini de plier le morceau, le duo a de la matière et maîtrise les rimes ce qui les met loin des 90% mcs en carton qui gravitent autour du rap français. Des nouvelles têtes viennent taquiner les manettes, Nizi sur Quantités Négligeables, un rif guitare, un titre taillé pour la scène et qu’Emoaine et Freez viennent froisser salement. Autres têtes mais surtout beatmakers du moment Oliver et Kriss des Just Musics Beats livrent du Milos Forman sur beat avec Vol au-dessus d’un nid de coucou, il ne reste plus qu’à Stamina à rendre l’atmosphère paranoïaque et au DJ The Worst de lâcher des cuts de schizophrènes. L’album se termine sur une note d’espoir ou en tout cas moins fataliste, Demain est un autre jour (ne cherchez pas le parallèle avec Demain c’est Loin) est en contradiction avec la noirceur de son instru, si le constat est amère, il reste encore des socles sur lesquels on peut se raccrocher. Stamina aurait pu trébucher directement sur son second opus mais en continuant sur leur propre route tout en y apportant de la matière et en se reposant sur des beats en adéquation avec leur profil, le duo rend encore une fois une très belle copie avec ce Prison(s) de Verre.

Si on en suit les statistiques, la trentaine est la période de la vie qui devrait être la plus heureuse et la plus épanouissante de nos vies, on ne pourra qu’approuver ce constat si cette période se résume à s’extasier sur FB de la dernière crotte de son gosse ou à se croire à la marge des vrais résistants en épousant les croisades d’égalité et réconciliation. A ce titre on vous évitera l’électrochoc de ce Prison(s) de Verre. Par contre si ce genre de stats vous fait rire jaune et qu’à chaque pas que vous faites cette sensation d’oppression  vous étouffe alors l’album des Stamina ne fera que vous conforter que ce monde ne change pas et que la pourriture ne se transforme pas en carotte bio…

Stamina – Prison de Verre (2013)
8 vote(s)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Les balises HTML ne sont pas autorisés.