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Brother Ali – Us (2009)

Les Etats-Unis et le monde ont toujours eu une relation complexe basée sur l’adage « Je t’aime moi non plus ». Souvent pointée du doigt, la patrie autoproclamée de la liberté a marqué chaque génération que ce soit pour le pire comme pour le meilleur. Énumérer le pire demanderait un travail de longue haleine et n’aurait rien à voir avec une chronique musicale. Par contre s’il y a un point positif à accorder à cette jeune nation, c’est bien l’attrait envers le fameux « rêve américain », banal mythe ou réel vécu, toujours est-il qu’il suscite l’engouement pour décrocher la fameuse green card. Ce rêve américain peut-il être aujourd’hui matérialisé ? La crise actuelle irait à l’encontre mais certaines exceptions ressortent dont une en particulier et qui nous intéresse directement. Imaginez, vous êtes blanc, vous naissez albinos avec les complications visuelles que cela incombe, vous vous faites rejeter par l’ensemble du système communautaire américain, vous vivez au fin fond des Etats-Unis à Minneapolis dans le Minnesota. Pour rajouter un peu de piment, vous vous convertissez à l’Islam, incarnation de la peur des redneck, et vous vous réfugiez dans le seul art qui vous comprend : le rap. Quelle chance auriez-vous pour avoir 2 albums à votre actif tous acclamés unanimement par les critiques et être reconnu par la profession pour votre talent de mc ? Clairement peu de chance. Et pourtant Brother Ali a réussi là où beaucoup aurait échoué.

Revoilà donc Brother Ali avec son nouvel album Us faisant suite au très bon The Undisputed Truth sorti en 2007. Comme c’est toujours dans les vieux fonds de marmite que l’on fait les meilleures confiotes, Ali a, une nouvelle fois, fait appel au très prolifique et exubérant Ant des Atmosphere pour l’ensemble de la production. Après une collaboration sur l’ensemble des deux premiers albums, Brother Ali renouvelle une fois de plus sa confiance à Ant même au risque de tomber dans une certaine redondance.

Story Teller de haut vol, Brother Ali a décidé pour cet album de parler de son entourage avec toujours cette rage inépuisable de combattre toute forme de stéréotype. Ce combat, il le connaît personnellement, mais au lieu de s’enfermer dans sa bulle, il offre un panorama très large des tares de l’Amérique : l’homophobie, l’esclavagisme ou le communautarisme sur des titres comme The Travelers, Tight Rope ou Breaking Down. Brother Ali aime parler de son vécu et à travers ses amis, il nous livre un poignant hommage comme sur les très durs Babygirl et Slippin Away. Si Brother Ali n’est surement pas le meilleur rappeur de tout les temps, il sait rappeler à ses auditeurs qu’il n’est pas un amateur, sa meilleure démonstration reste l’énorme Best@it en featuring Freeway et Joell Ortiz. Accompagné de deux poids lourd, Ali mène l’assaut et prouve son aisance lyricale, du rap de gros calibre distillé par 3 mc bien en forme. Au final Brother Ali ballade ses auditeurs dans son monde en livrant un delivery de qualité comme à son habitude. Texte réfléchi, story telling personnelle, le mc peut se narguer d’avoir un CV microphonique bien rempli. Bien sur, on regrettera forcément que l’annonce de la présence de Chuck D sur Us ne se résume qu’à un seul discours sur l’intro. La confrontation aurait pu être intéressante entre le père spirituel et le fils.

Mais le succès de cet album ne réside pas dans la seule réussite de Brother Ali. Pour que l’alchimie prenne, il fallait que les productions suivent. Et pour cela, ANT reste une fois de plus l’homme de la situation. Toujours aussi versatile et ouvert à la musique avec un grand M, ANT offre une vraie palette musicale tout en restant cohérant. Du bondissant The Preacher au très soul Breaking Days en passant par le funky Fresh Air, l’électrique Best@it ou le gospel Us, ANT amène à Brother Ali la matière à son discours.

Avec Us, Brother Ali continue son bonhomme de chemin sans s’essouffler et nous peint comme à son habitude une réalité sociale parfois exaspérante mais toujours avec une note d’espoir. Servi parfaitement par un ANT toujours en forme, Ali rappelle qu’il faudra compter encore sur lui mais aussi sur sa ville car Minneapolis via le label Rhymesayers Entertainment recèle de vrais talents mettant ainsi le Midwestern sur la carte du Hip-Hop.

 

16,5/20
Brother Ali – Us (2009)
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