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True Master – Master Craftsman (2013)

Agonisant lentement par l’érosion du temps, le temple jadis rayonnant n’est plus qu’une vulgaire relique ne capitalisant même pas un regard de sympathie des passants. Seuls quelques enfants se créent encore des histoires en imaginant ce temple comme le sacro-saint des combattants shaolin, les adultes, eux, semblent comme amnésiques quand il faut conter les heures de gloires des moines shaolins du Wu-Tang… Certains parlent même de légendes urbaines que l’on raconte au curieux pour gonfler l’égo des rues de Staten Island, oubliant ainsi le faste des années 90. Une certaine activité semble émaner des ruines mais les dernières sorties des membres n’ont su fortifier et rendre sa superbe à ce monument. Pourtant certains utopistes semblent toujours d’attaque à défendre ses fondements et à l’heure du vingtième anniversaire du légendaire crew, on se rend bien compte que l’aura du Wu-Tang Clan ne se réanimera pas via le collectif, l’étincelle viendra d’ailleurs. Et parmi ces fous qui ne veulent céder au fatalisme, il en ait un qui compte sortir de cette ombre qui fut trop souvent son refuge : True Master. Disciple aguerri des techniques du maître RZA, True Master a parcouru les champs de bataille avec habilité et maîtrise, second couteau pour les uns ou réelle arme instrumentale pour les autres, True Master est avec 4th Disciple ce genre de soldat trop vite sacrifié. Master Craftsman est bien plus que son premier album, c’est avant tout un hommage à un parcours de 20 ans et peut être une galette salvatrice capable de rendre au temple son aura d’autrefois.

Découvert par le grand Guru, True Master aura marqué son empreinte musicale sur le temple Wu Tang à compter de la seconde partie des années 90. Il est un des architectes musicaux du Forever ce qui lui ouvrira la porte aux projets solos des membres et des affiliés. Loin de tout reproche, True Master, en vrai fidèle, n’a jamais vraiment su s’écarter de la voie tracée pour lui par RZA. Entre problèmes judiciaires et manque de bol, ce Master Craftsman ne voit que le jour en 2013, un peu tard pour une carrière débutée en 1993 mais au final un bon positionnement dans une année où l’on consacre les 20 ans du premier opus du Wu-Tang Clan.


On ne serait dire si c’est les compositions mid 90’s ou le mix sur-pourri rappelant le 36th chamber qui directement nous prend à la gorge à la première écoute de cet opus. Cette espèce de brouillon musical alliant beats crades et noirs, mix dégueulasse, tracks incomplètes et volume sonore digne d’une lost tape a de l’allure : c’est street, c’est burné bref y a du bonhomme derrière la marmite.  Surtout qu’on est bien pris à contre-pied quand on compare aux sorties actuelles de True Master qui n’excelle vraiment pas en terme d’ingéniosité musicale. Rien que l’intro pose les bases et renvoie à ces époques où la parole de Popa Wu s’imposait quand la paume du daron sur ta gueule. Instru laid-back comme il faut, on est confort et on attend la punition : Killa Bee Lessons1-10 ! Ce genre de choses qui sent la cave d’une crack house (putain la gueule du mix), gros boom bap où Cappadonna et Inspectah Deck te rappellent les règles de la rue. C’est caviar même si le hook ne ressemble à rien. Dope vous voulez du gros dope, Strong Arm sur un sample de guitare et la touche True Master de quoi rendre le Ghostface Killah complètement fou au micro. Le mec te bouffe le beat et laisse Inspectah Deck à l’hôpital !


Il fut une époque où le Wu savait allier une touche RnB représentée par Tekhita à leur démonstration underground, This Is What We Do reprend cette architecture sur une boucle de piano très épurée. La partie microphonique est assurée par Cappadonna et Prodigal Sunn, une combinaison que l’on connaissait déjà et qui tient toujours la route. Autre combinaison du même acabit, les inséparables Raekwon et Ghostface Killah rendent cette chose bien crade sur Batman and Robin sur une pure boucle (techniquement True Master est vraiment loin d’être un beatmaker à la ramasse). D’ailleurs 12 Jewels Of Life dans sa composition ne fait que confirmer, dommage que Masta Killah soit aussi efficace qu’un somnifère (d’ailleurs il reste 4 minutes sur le track sans intervention microphonique, doit-on penser que le mec s’est auto-saoulé ?). Là où on se pose vraiment la question de la datation du bordel c’est en écoutant 12 Jewels Of Life, toujours ce mix artisanal (encore plus que la réalisation de la pochette) et surtout un RZA plutôt bien aiguisé pour l’exercice, ce questionnement s’efface pour devenir certitude sur White Cloud Olympus : pour que Raekwon tienne le rythme sur un instru plutôt punchy, il faut revenir facilement dix ans en arrière. Possible qu’une bonne partie des tracks  ait été enregistrée début des années 2000. Petit coup de cœur sur The Awakening même si l’instru semble super familière ce petit « Nigger » lâché en fin de hook par Killah Priest est d’une grande sensibilité artistique. Pour pouvoir écouter Stitched In Ya Thread à sa juste valeur, vous avez deux possibilités : soit investir dans du gros matos audio soit engager les services  de pros du mastering. Dommage car la combinaison du beat bien dark et de la performance d’un Shyheim plutôt jeune méritait un meilleur traitement.  Ce Master Craftsman se conclue sur un solo de Masta Killah sans grand intérêt, pas que le mc ne fasse pas le travail mais l’instru est vraiment trop basique pour que l’on fasse péter le replay.


Si le temple shaolin semble délabré, il repose néanmoins sur des bases solides, Master Craftsman en est une au même titre que la participation d’Inspectah Deck au Czarface, le projet de Ghostface Killah avec Adrian Young et que le solo plutôt de bonne facture de U-God en cette année 2013. On se dit parfois que le rayonnement d’antan n’est pas si profondément perdu et que l’emblème du Wu-Tang est à peu de choses pour rayonner de nouveau. Mais il faut aussi trouver le public pour que le tout s’anime et à ce titre le peu de retour que True Master a reçu suite à cette réalisation démontre une certaine fracture rendant ainsi la préservation du temple hypothétique, il est donc temps que le clan se reforme et retrouve ces techniques de combats qui ont fait leur lettre de noblesse, la piste est assez simple, il suffit de suivre les pas de True Master (sauf pour le mixage et la réalisation de pochette d’album).

True Master – Master Craftsman (2013)
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