Skip to content

J-Zone – Peter Pan Syndrome (2013)

Un matin, on se lève, on se regarde dans la glace et on se dit que ces lignes creuses et ces putains de cernes ne sont pas les symboles de notre jeunesse. Les cris enfantins dans la pièce d’à côté ne nous rassurent pas sur le temps qui passe. Les annonces de grossesse deviennent plus courantes que l’organisation de grosses soirées, les mariages remplacent les interdictions parentales et les marmots sont un gage de maturité censé nous éloigner de toute immoralité (drogue, porno, rap et console de jeu). Certains te parlent de conjoncture économique en te citant Les Echos alors que 10 ans avant la seule phrase qu’il était capable de te sortir se résumait à « Clara Morgane, je la froisse », d’autres ont jeté leur intégrale des M.O.P. et veulent te faire croire qu’ils adorent le dernier Lana Del Rey histoire de rentrer dans les standards de madame et offrir un modèle parental répondant aux critères de la bien séance. Bref on se dit que l’on vieillit trop vite et que ce genre de conneries est trop dur à ingurgiter. C’était mieux avant ? Non mais c’était moins chiant, et on continuerait bien sur cette voie plutôt que de rentrer dans les standards du bon citoyen. The Peter Pan Syndrome, l’immaturité comme perspective, une trajectoire choisie par J-Zone pour son nouvel album. Le mc à la punchline comique et aux lines d’un cynisme assumé vient donc nous offrir sa contre-attaque aux standards imposés. Exercice comique mais surtout un constat acide pour les trentenaires actuels.

On connaissant le second degré à l’acide de J-Zone qu’il verse depuis ses débuts. Il était vrai que le titre de son 1er effort Pimp Don’t Pay Taxes mettait déjà la barre haute niveau second degré mais surtout nous rappelait une vérité (bah ouais un vrai Pimp est pas censé payer d’impôt). Humour froid et tranchant donc, J-Zone se lance avec ce nouvel essai de dérision mais aussi de vérité sous forme de douche froide. Son public étant directement visé, on a aura la déplaisante impression de passer au travers les escapades infantilisantes de J-Zone qui pour le coup pousse le syndrome au-delà de ses limites.


Immaturité et vulgarité (Jay-Z devrait apprécier), J-Zone remplit son contrat à l’aide de ses alter egos Chief Chinchilla et Swagmaster Bacon, on est dans le complet déni de l’âge et des responsabilités comme la réalisation de cet album qui ne tient que par la personnalité de J-Zone (mettre toute sa thune dans des kits drum  et ses featuring sans se prendre la tête du retour sur investissement). Au final pour sortir J-Zone de son syndrome Peter Pan, il faudrait le pousser au pied du mur c’est-à-dire lui souhaiter de se planter avec son skeud pour qu’il bouge son cul et trouve un emploi pour payer ses factures et arrêter de squatter le canapé de ses potes à cause de la non-rentabilité de ses skeuds.


Mais voilà, enlever cela à J-Zone c’est détruire le personnage et surtout l’œuvre musical d’un des producteurs les plus inspirés des dix dernières années. Prendre la route de ce Peter Pan Syndrome et s’arrêter sur les situations incongrues d’un Black Weirdo ou dans les bas-fonds de la puterie d’un The Fox Hunt ou d’un Mo Pork, est une aventure musicale ponctuée d’un sens hors du commun pour l’écriture (à ce titre le poids des alter égos sur cet album donne encore plus de dimensions à cet album). Que l’on aime ou pas, le mec dégage une vraie identité sur ses intrus, une touche qui ressemble à aucune autre et qui éclate encore plus sur les skits intrumentaux de cet LP : Molotov Cocktail comme symbolique, juste un OVNI musical inclassable (fusion curry ou que sais-je), The Drug Song (Remix), Gimme A Hit et Roaches In The Kitchen. Histoire de dégouter les beatmakers en herbe, c’est surtout la façon de composer ses beats qui surprend : apprendre les bases minimales d’instruments, taper les techniques sur des blogs, acheter du matériel dépassé ou carrément cassé… En clair le mec se place comme beatmaker en formation (alors qu’il maîtrise parfaitement ses drums) et si vous voulez en savoir plus, son livre Root For The Villain vous démontrera qu’il n’existe pas qu’une façon de produire des beats (en plus de vous informer sur la saloperie qu’est l’industrie musicale)… Alors bien sûr, le plus gros défaut de ses beats vient du fait que l’originalité ne peut plaire à tous et si habituellement vous êtes complétement hermétique au style J-Zone ce LP vous fera le même effet.

Effet thérapeutique de nos petites consciences bien proprettes, The Peter Pan Syndrome donne à J-Zone toute liberté de nous en foutre plein la gueule que ce soit sous sa plume qu’aux manettes. Loin des standards imposés par la société (et l’industrie de la musique) J-Zone nous renvoie à notre propre image que l’on soit ce personnage rangé planifiant sa carrière professionnelle et essayant de passer pour un modèle dans sa vie familiale ou ce trentaine en pleine crise d’adolescent évitant de voir en face la responsabilité de ses actes. Toujours est-il que derrière ces questionnements, le seul mot d’ordre de ce nouvel LP de J-Zone est de prendre du plaisir et tant pis si ce n’est pas payant pour l’artiste qui laisse le choix à l’auditeur de le mettre sur la paille (téléchargement gratuit sur son bandcamp) ou de renflouer ses conneries (cd payant).

J-Zone – Peter Pan Syndrome (2013)
4 vote(s)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Les balises HTML ne sont pas autorisés.