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Sean Price – Mic Tyson (2012)

Le ring semble vétuste, le lieu abandonné, le sol usé ne semble plus amortir le poids des clashs du rap à l’ancienne. Sean Price le dévisage amer, l’homme barbu accuse l’âge et derrière lui il entrevoit ses succès passés lorsque le rap était un vrai combat de boxe loin des strasses et paillettes. L’ex-champion poids lourd est mélancolique : ceux sensés lui succéder tiennent le mic sans cœur ni élégance devant les yeux d’un public intoxiqué au rap éphémère (mainstream ou underground). L’idée d’en découdre le chatouille de nouveau, il est temps que l’ancienne école rétablisse les bases et les valeurs d’un rap sans rémission. Le buzz est lancé, le match fait déjà les gros titres : Sean Price VS Rap Game, la old school semble retrouver de sa superbe, les préventes s’arrachent et Sean Price fait le show en attendant le combat (les voix de la promo sont impénétrables). Le Barklay’s Center se remplit, les connaisseurs vantent le prestige des punchlines gauche-droite du colosse, les plus sceptiques se rappellent du dernier match catastrophique de cette légende du clash : Random Axe, lui qui avait promis de ne jamais s’engouffrer dans la boxe Entertainment (avec des prods du natif de Detroit Black Milk aussi pimpées qu’une Ford Ka). Est-il aussi souple, a-t-il la capacité à enchainer les punchlines ? Dans les vestiaires, la bête tourne en rond, l’échauffement est terminé, les beats choisis, l’adrénaline à bloc, il est temps de faire parler le punch de son mic, de donner à ses pseudo-gorilles la leçon, la foule s’impatiente, c’est le temps de rentrer dans l’arène, les projecteurs braqués sur lui, la moitié de Heltah Skeltah entre sur l’arène sous les ovations du public, Mic Tyson is back, ça va saigner de l’oreille…

Round 1 : The genesis Of The Omega, ça part fort dès le son de cloches, entrainé par la pépite d’ALC, Sean Price attaque en brutalité kickant sans retenu, on se dit alors que le match est déjà plié, le ko se sent dans les tribunes, le Rap Game pose un 1er genou à terre, gong, le round est terminé, Lupe Fiasco est en larme…

Round 2 : Bar-Barian, on continue avec le même aux manettes, dans la lancée du premier round Sean P bourrine, on est dans la démonstration et une fois de plus le Rap Game semble noyer sous les coups du old-timer, Chief Kief se demande si les verbes se conjuguent…


Round 3 : Pyrex, galvanisé par la foule en ce début de match, peut-être même trop, Sean Price accuse-t-il le coup ? Sur une ambiance d’AMP, les punchlines se font déjà répétitives et son adversaire commence à reprendre pied, quelques coups bien placés mais l’efficacité du début en moins, on se dit que le match ne sera pas si facile que prévu, Kendrick Lamar chill en J9, Good Fish, Mad Listeners…

Round 4 : Price & Shining Armor, ca se confirme, le rap game actuel résiste et ne tombe plus dans les pièges, l’atmosphère froide distillée par Wool et la prestation moins bourrine qu’à l’accoutumé de Ruste Juxx ne change pas la donne, Sadat X profite de l’entre-deux round pour vendre sa dernière galette, encore une fois sans succès et surtout sans intérêt…

Round 5 : Title Track, Eric G à la prod, re-vitaminé, Sean Price revient pour taper fort, on est loin du raffinement de l’art mais dans le genre tronçonneuse lyricale, le Sean reste un putain de bucheron, et le Rap Game se fait découper. Break, le protégé de Birdman entame en exclusivité un morceau de son futur Carter V, Lil Wayne en a marre du rap et c’est réciproque…

Round 6 : Straight Music by 9th Wonder, punchline du gauche, esquive, punchline du droit, re-esquive, high punch kick dans le dentier, c’est des deux mains que le Rap Game cherche à se redresser alors que la foule crie à la mise à mort, « Be Kind, Reload » s’écrit Roc Marciano


Round 7 : STFU Part 2, silence dans la salle, le kick du Rap Game vient d’atteindre l’ancienne école, trop sûr de lui, Sean Price a baissé sa garde se croyant même assez à l’aise pour y aller sans retenue sur ce beat d’ALC… Bande publicitaire: Slaughterhouse signe chez Shady Records, Best Super Group, worth album 2k12…

Round 8 : Hush, ce nouveau round est dans la continuité du précèdent, Sean Price semble à la peine et même le beat de Khrysis ne semble pas le tirer d’affaire, ça chuchote en tribune, et si le géant barbu n’était plus l’invincible. Mon voisin me rappelle que Nas a invité Rick Ross sur son album je lui dis que cela tombe bien, le gros a invité Jay-Z et Dr Dre sur God Forgives, I Don’t. 2012 donner, c’est attendre rien en retour…

Round 9 : Salomon Grundy, certains bookmakers commencent à se frotter les mains, à ce rythme il est possible qu’une défaite de Sean Price soit à l’ordre du jour, genou à terre, Sean Price doit s’aider d’Ill Bill pour se relever sur une ambiance d’enterrement lâchée par Eric G. En plein Barclay’s Center, Kanye West s’écrit « Watch The throne », Eminem lui répond en souriant « Watch The Stade de France », qui a dit que le rap ne faisait pas d’argent…

Round 10 : Frankenberry, Sean Price prend ce revirement comme une humiliation, et sur un beat assassin de Stu Banga, le barbu retrousse ses manches et place un uppercut en plein dans l’estomac du Rap Game rendant complètement inutile l’intervention de Buckshot (comme la plupart de ses interventions depuis plus de 5 ans). Outdorsmen et Lo-Life occupent les allées des tribunes, il manquerait plus que leurs galettes s’arrachent comme les hot dogs.

Round 11 : BBQ Sauce, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, le Rap Game se relève fébrilement, assommé dès l’entrée du round, le KO est annoncé, que faire face à la férocité du mc de Brooklyn décuplé par le travail d’Evidence, sauvé par le gong, Rap Game aka Mark-Paul Gosselaar (ok, je sors…). Un jeune mineur se fait refouler à l’entrée des tribunes : Joey Bada$$ n’est pas né quand Illmatic envahit les bacs, en 2012 il lâche la mixtape 1999, retour aux sources ou nouveau cycle ?

Round 12 : Bully Rap, on finit le gars à coup de tesson de bouteille de vodka, sauvé du massacre auditif (au sens premier du terme) Russian Roulette, cette tuerie d’ALC transforme P en putain de Vlad l’empalleur genre massacre de buffle à main nue, à nouveau étalé le Rap Game évite de justesse le 10…  Encore une pub, Megaupload ré-ouvre son site, « déjà qu’on m’achète pas, je ne nsuis pas sûr que l’on me télécharge » gémit Lil B (le web ne fait pas que tuer la musique il la ressuscite : Rampage, Ran Reed ou encore North Bronx Alliance and Aiello Wilson, des pépites d’un autre temps enfin dans nos oreilles)


Round 13 : By The Way, usé par le combat, Sean Price accuse le coup, l’adrénaline ne fait plus autant effet, Evidence moins percutant et un Torae assez anecdotique, le vent tourne de nouveau et le Rap Game semble de nouveau revitaliser… Je matte les news sur smartphone, 2012 l’année des contrastes, une erreur judiciaire de réparer : Florence Cassez sort de prison, une erreur judiciaire de commise : Prodigy sort de prison et commet deux homicides (la fin de Mobb Deep et le 3ème volet d’H.N.I.C.)

Round 14 : Battering Bars, c’est le moment d’engranger les points, le Rap Game l’a bien compris et laisse Sean Price dans ce moment de légèreté tissé par Beat Butcha courir après lui (ralenti par Pumkin Head). Je vois du fil rouge dans tous les coins et je me dis que si ces casques étaient d’aussi bonnes qualités que ses anciennes compositions peu de personnes s’extasieraient devant son taff actuel.

Round 15 : The Hardest Ni**a Out, on finit en demi-teinte, y avait du bon dans le travail de Beat Butcha mais que Sean Price est redondant, on anticipe ses punch avant lui et le Rap Game esquive l’ensemble des attaques, gong final… Maintenant j’irai bien diggé dans West Village et puis je me rappelle… RIP Fat Beats

Alors que tout le monde pariait sur un ko au bout de 5 rounds, Sean Price livre une combat en demi-teinte trop loin des attentes et de son niveau d’antan. A force de vouloir la peau de ce Rap Game, il en a oublié la technique, offrant à son public des rounds très courts et un travail d’écriture sans réelle recherche (à l’image du packaging). Pourtant ce Mic Tyson mérite sa comparaison avec Monkey Barz (même si moins introspectif) et Jesus Price Superstar, si ce combat semble moins glorieux, il contient des rounds épiques que ses précèdent combats n’arrivent pas à détrôner démontrant qu’il n’est pas encore l’heure de raccrocher le micro pour le guerrier Sean Price.

 

14/20

Sean Price – Mic Tyson (2012)
6 vote(s)

One comment on “Sean Price – Mic Tyson (2012)

  1. SnowgoonS on said:

    Pfff ralalla juste tres tres kiffante ta chro j’avais l’impression d’etre sur le ring en train de commenter le match… ça fait vraiment plaisir de te lire

    Un petit mot sur le skeud, je savais à quoi je m’attendais et j’ai aimé je l’ai même refait tourner il y pas si longtemps et j’ai pris beaucoup de plaisir on croule sous les coups et on en redemande !

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